Histoire d’Eau
Audit ou remunicipalisation des services de l’eau et de l’assainissement ? Année 2000 ! Tête
de liste d’une liste de gauche, désignée par le PS, à la tête de « la gauche plurielle », la remise en cause de la politique de la municipalité de droite sur les services de l’eau me
semblait devoir être l’un des axes forts de notre campagne. Les responsables politiques du PS me proposaient l’instauration d’un audit…..mais une enveloppe kraft m’est donnée en mains propres par
des militants associatifs.
Il faut dire que la concession des services municipaux de l’eau par Dominique Baudis en 1989 n’arrêtait
de faire couler de l’encre. Jusque là en régie directe par la municipalité, ce service était chaque année bénéficiaire et dégageait même un bénéfice de plus de 43 millions de francs chaque
année.
Jean Diebold et Dominique Baudis cédèrent une concession de.... trente ans à la CGE, devenue
Vivendi, puis Véolia. Concession de trente ans, doux euphémisme pour signifier le bradage d’un service public municipal rentable à une compagnie privée en lui assurant quasi
l’éternité ! Manœuvre d’autant plus indélicate que la Ville négocia un droit d’entrée de plus de
400 millions et une rente annuelle …équivalente au bénéfice de 1988. Toutes ces sommes furent reversées au budget général de la Ville… Un petit goût de vignette automobile destinée aux personnes
âgées et vite intégrée dans le budget de l’Etat. Ficelle tellement grosse que, depuis, une loi interdit de mélanger les budgets, qu’elle limite la durée des contrats de concession.
L’opposition de gauche tempêta, parlant de « vente des bijoux de famille », de fuite en avant
d’une politique droitière. Rituellement, les voix gonflaient lors de la présentation des budgets, mezza voce, car le mode de gestion municipale, y
compris dans des villes de gauche, était l’externalisation des coûts, la mise en concession, faisant ainsi le lit de ces multinationales que sont devenues Suez, Bouygues ou Vivendi. Mais
l’honneur était sauf puisque, formellement les services restaient publics, mais concédés pour des dizaines d’année à des entreprises privées…
Revenons à cette enveloppe kraft. Que disait-elle ? Pourquoi envisager un audit qui déterminerait
ce que la future municipalité devrait décider, alors que l’eau est un bien public, un bien commun, précieux et indispensable pour l’humanité, bien qu’il faut économiser, protéger, préserver, et
de la consommation irresponsable des pays riches, et des prédateurs que sont les nouvelles multinationales de l’eau, la plupart étant du reste françaises ?
Petit geste, une enveloppe riche de combats militants, grande conséquence, un projet de gauche qui
rejoint ses racines. L’évidence était posée. La volonté politique est de poser des choix, des alternatives, pas d’évoquer des pistes. Avec Jean-Paul Fonvielle, nous imposâmes le débat.
Remunicipalisation ou simple audit ? En 2001, à Toulouse, les vents de gauche étaient porteurs. Ce fut la remunicipalisation qui fut officiellement et effrontément énoncé dans notre projet,
oubliant les responsables de gauche, parfois même salariés dans ces multinationales de l’eau et des services.
2001, notre liste perdit au second tour les élections. Cet article n’autorise pas une analyse de
l’échec. Le nouveau maire installé, qu’allait-on faire de ce combat sur l’eau ?
Deux initiatives, complémentaires et concertées, prirent
corps. L’ensemble des élus de gauche, sur mon initiative et avec leur accord, modifia son opposition à la droite municipale. Nous lançâmes des recours et des plaintes au tribunal administratif.
Nous posâmes en conseil municipal les exigences d’un service public en régie directe, la nécessité d’une économie de l’eau, la notion de bien public pour l’humanité, la remise en cause des
bénéfices inacceptables des multinationales.
Dans le même temps, nous avons participé à la construction d’une association de citoyens, Eau-Secours, association à laquelle tenait avec force Jean-Paul Fonvielle. Cette association, en fait
véritable collectif, reprit de façon citoyenne, ce que nous élus entreprenions au sein du conseil municipal et dans nos recours au tribunal administratif, regroupant les élus en tant que citoyens
pour éviter les rejets judiciaires. Une véritable complémentarité s’installa. Elus, nous pouvions accéder à des documents que nous demandait Eau-Secours. De cette façon, l’association devint
experte, et paradoxe agréable de la démocratie citoyenne, souvent notre propre structure ressource. Elle-même, associée avec plusieurs personnes représentant les forces militantes politiques et
associatives, poursuivit la ville de Toulouse au Tribunal Administratif.
Fort de cette complémentarité et des liens que nous avions créé avec d’autres communes, luttant comme
nous contre ces concessions léonines, nous avons alors utilisé un autre outil, l’outil légal de la formation des élus. Grâce à une structure politique, créée lors des élections régionales de
2004, l’Alternative Midi-Pyrénées, l’AMP, nous avons organisé la première formation d’élus pour la remunicipalisation des services de l’eau et pour la prise en compte de l’eau comme bien commun
de l’humanité, avec l’aimable complicité d’un organisme de formation agréée, Formation et Citoyenneté. Les intervenants invités devinrent complices
entre eux et le noyau de nos combats actuels.
De conseil municipal en procès, ceux des citoyens élus ou ceux regroupés autour d’Eau-Secours et d’une
autre association Ginestou 2000, plus jamais la municipalité n’eut de répit. La ville de Toulouse fut obligée, en 2007, de renégocier à la marge les facturations de l’eau. Petite victoire mais oh
combien symbolique !
2008, trois listes à gauche sont présentes. Deux d’entre elles, la liste de la LCR, « liste
Debout », et « l’autre liste », liste alternative et citoyenne, posèrent la remunicipalisation de l’eau comme priorité politique. Celle, constituée autour du PS, remit en cause les
contrats actuels de la ville avec le concessionnaire. Ce fut elle qui gagna les municipales et qui aujourd’hui a la responsabilité de la gestion de notre ville.
Le combat mené à Toulouse s’opposant à la concession de l’eau à La CGE, alias Vivendi, alias Véolia, semble être en mesure d’évoluer, puisque la nouvelle municipalité, en relation avec Eau-Secours définit,actuellement les
termes de l’audit qui sera, comme la loi actuelle l’exige, .votée et proposée en appel d’offres. Alors d’où vient le malaise ?
Fallait-il un audit pour déterminer un principe politique ? Fallait-il un audit pour simplement
redéfinir le réel prix de l’eau au nom du pouvoir d’achat et ne pas essentiellement poser les principes de retour en régie directe par la remunicipalisation de l’eau, de la diminution de la
consommation de l’eau, de la mise en place d’un tarif progressif ?
Bien sur, le dicton populaire dit bien : « un tiens vaut mieux que deux tu l’auras ». Mais les enjeux sont tels que nous pouvons tout autant affirmer: « qui peut
le plus peut le moins » Enfin, osons le dire, un audit a ses limites. Se battre pour la baisse du prix de l’eau et pour l’augmentation du pouvoir d’achat, a ses limites. Ce ne saurait être
une fin en soi.
Seraient ce les limites de nos ambitions, de l’autre
société, de l’autre monde que nous sommes en droit d’espérer ? Ce que la municipalité de gauche à Toulouse doit assumer, c’est une étude assumée pour la remunicipalisation des services de
l‘eau, et pour l’agglomération de l’assainissement. Faudrait-il, pour rappeler les valeurs de gauche, leur réadresser une enveloppe kraft ?
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